8 Commentaires
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Avatar de GAGNIÉ Axel

Très bonne suite de vos travaux. Et j’attend avec impatience le prochain opus!

Quand vous dites que la robotisation va mettte en péril de nombreux emplois et que cela débouchera sur une reconversion des travailleurs sur de nouveau métiers, je suis un peu dubitatif. On pourrait le penser quand on regarde l’histoire des révolutions industrielles oû le métier à tisser a provoqué la révolte des Canuts par exemple. Mais cette peur s’est diluée très vite, effectivement, car elle ne concernait qu’un microcosme artisanal, le chômage étant résiduel et largement compensé par la demande croissante dans d’autres domaines plus industriels. Et nous vivons ainsi depuis 2 siècles où nous avons vu évoluer notre trio Primaire-Secondaire-Tertiaire se former, se déformer au fil des inventions, des lois sociales, du goût des consommateurs, etc...

L’agriculture n’a plus besoins de bras. C’est désormais le parent pauvre (dans les pays riches..). L’industrie décline, se concentre, deménage, puis se robotise. Il restera les 'services'. Lesquels ? La machine à café sur l'aire d’autoroute? La caisse automatique du supermarché ? Le poinçonneur des Lilas qui est une porte automatique dorénavant ? Le guichetier de banque qui est un écran ? C'est le rêve de tous les commerces d'avoir des employés métalliques avec la voix de Dark Vador. Avec ça, on peut supprimer les jours fériés!

Mais la finalité ? Le revenu universel présenté comme la panacée sinon comme une nécessité ?

J’ignore s’il y a un but concerté dans cette lente transformation et si elle a été pensée (quoique certains au WEF théorisent là-dessus depuis des décennies et ont l’oreille des milliardaires et des décideurs...).

Cette société merveilleuse du 'temps libre' , ce 'modéle social' à la chinoise aura des répercussions à long terme. Elle va à l’encontre des démographies actuelles en Asie et en Afrique.

On voit sournoisement apparaître en Occident des tentatives de dépeuplement. De manière sporadique mais qui passent inaperçues pour devenir définitives. Cabines à suicide au Canada, lois sur l’euthanasie en Belgique puis récemment en France. La France a vu pour la première fois, sa balance démographique devenir négative. Malgré les signaux d’alarme sur le nombre de morts-nés et de morts subites, l’état multiplie les vaccins infantiles obligatoires sans questionnement.

Je ne fais pas de lien. Je ne suis pas sociologue comme E. Todd (j'attends qu’il livre son analyse sur ce sujet d’ailleurs, j’ai confiance dans son analyse) mais je suis curieux de savoir si Laffargue avait bien vu tous les avantages et les inconvénients d’une telle évolution. Car nos chers actionnaires planificateurs ont-ils intégré cette valeur constante chez l'homo-sapiens difficile à contrôler qui est de se reproduire ? La nature est ainsi faite. Et la liberté de l’individu va de pair avec son désir de préparer l’avenir avec sa seule arme: ses enfants. Et ça, ce n’est pas compatible avec leur 'meilleur des mondes' ...!

En résumé : vers quoi allons-nous ? Le robot sera notre ami ou l'inverse ?

Avatar de François Vadrot

Merci Axel pour cette nouvelle lecture attentive, et pour la continuité entre vos deux commentaires, celui-ci et celui sur la quatrième partie du dossier Education (EP4). Ils forment une même interrogation, et je crois qu'ils tiennent ensemble mieux que vous ne le pensez.

Sous l'EP4, vous répondiez « à qui ? » par : personne. Un ensemble de programmes. Sous Deux Routes, vous envisagez au contraire des planificateurs qui auraient théorisé tout cela depuis des décennies. Les deux hypothèses paraissent s'exclure. Elles décrivent en réalité deux moitiés de la même chose, et il vaut la peine de les séparer proprement.

Sur le contrôle, vous avez raison. Personne ne pilote. Aucune réunion ne décide que la caisse automatique remplacera la caissière ni que l'agent vocal interrogera l'étudiant. Chaque décision est locale, rationnelle de son point de vue, et prise sans vue d'ensemble. L'agrégat ressemble à un dessein sans qu'aucun dessein n'existe. C'est ce qui le rend difficile à combattre : un complot a une tête qu'on peut atteindre, une dynamique n'en a pas.

Mais l'absence de pilote ne fait pas l'absence de propriétaire, et c'est là que la question « à qui ? » garde tout son tranchant. La propriété n'a pas besoin d'une intention pour fonctionner. Les gains d'une automation vont aux détenteurs du capital qui l'a financée, que quiconque l'ait voulu ou non, parce que c'est ce que fait le droit de propriété. Un modèle de langage appartient à qui détient les poids, les données et les conditions d'accès, même si aucun humain chez son propriétaire ne comprend ce que le modèle fait. Contrôle diffus et propriété concentrée coexistent parfaitement. C'est même la configuration la plus courante du capitalisme contemporain, et elle explique pourquoi votre première intuition et votre seconde peuvent être toutes deux partiellement justes sans qu'aucune n'ait besoin d'un complot.

Ce qui me fait revenir sur le WEF. Il n'est pas un décideur, c'est un lieu de mise en scène du consensus entre décideurs. Lui attribuer un pouvoir opérant simplifie une situation plus inquiétante, où l'accumulation se poursuit sans que personne ne l'ait décidée et sans que personne ne soit en position de l'arrêter seul.

Sur le glissement vers la démographie : le lien que vous suggérez entre automation, revenu universel, lois sur la fin de vie, vaccination et retournement démographique demande d'établir une causalité que les corpus disponibles ne fournissent pas. Chacun de ces objets a ses sources et ses déterminants propres. Le retournement de la balance démographique française est un fait, et son analyse est légitime, mais elle relève de la fécondité, de la mortalité, du vieillissement et des migrations, pas d'une intention à retrouver derrière eux. Vous citez Todd, et sa méthode est précisément celle-là : partir des données vers l'interprétation, jamais d'une hypothèse d'intention pour y ramener les données. C'est aussi la règle qu'on s'impose article après article. Distinguer ce qu'un corpus établit de ce qu'un auteur infère à partir de lui, et le dire.

Sur votre question finale, « le robot sera notre ami ou l'inverse » : elle prête une volonté à un objet qui n'en a pas. La vraie question reste la vôtre, celle du commentaire précédent, à ceci près que sa réponse n'est pas « personne ». Elle est : quelqu'un, et une société qui n'a pas encore décidé si ce quelqu'un doit être elle.

Avatar de GAGNIÉ Axel

Merci pour votre réponse. Je commence à y voir beaucoup plus clair désormais! J’avais perdu le fil d’Ariane. Effectivement, le propriétaire n’est pas forcément le décideur....

Avatar de François Vadrot

C'est même un peu plus net que cela : la propriété n'a pas besoin de décideur du tout. Elle opère par le droit, en continu, sans que personne n'ait à vouloir quoi que ce soit. C'est pourquoi la question « à qui » reste politique et pas technique, et pourquoi elle ne se résoudra pas d'elle-même.

Merci d'avoir poussé la discussion jusque là, elle a servi à préciser ce que la série laisse ouvert.

Avatar de DENIS MEUNIER

L'avenir étant inimaginable, comme toujours, laissons-le advenir et les humains concernés au premier chef auront tout loisirs de prendre - enfin - leur destin en main.

Sinon, tous pour un et chacun pour soi.

Finalement, j'ai bien fait de travailler ma "résilience".

Avatar de François Vadrot

[Dans le rôle de Paul Lafargue, 1880]

Cher Denis, la « résilience » ! J'ai passé ma vie à combattre l'amour du travail, et voilà qu'on le rebaptise pour lui redonner du lustre. Endurer davantage et appeler cela sagesse : le patronat n'aurait pas trouvé mieux. Nos machines au souffle de feu devaient vous rendre paresseux comme des dieux ; vous, vous vous entraînez à tenir le coup. Quel gâchis.

Regardez plutôt votre robot : il tourne la nuit, ne prend pas congé, ne fait jamais grève. Le voilà, le prolétaire zélé que je dénonçais, enfin réalisé en tôle. Laissez-le à son fanatisme laborieux et empochez le loisir qu'il fabrique. Ne rivalisez pas de résilience avec lui : c'est un concours que la chair perd toujours.

« Laissons advenir », dites-vous ? C'est la devise de ceux qui héritent, jamais de ceux qui trinquent. Pendant que vous laissez faire, on range vos loisirs au magasin des actionnaires. Tous pour un, soit — mais réclamez d'abord votre part de fainéantise. Elle vous est due depuis un siècle et demi.

Avatar de DENIS MEUNIER

Cher François,

Ma résilience n'est pas celle que vous énoncez, car je ne peux pas la décrire trop en détail : il me faut traverser la mer à l'insu du ciel, rester sous les radars, mais je comprends votre méprise car mon imprécision en fut la cause.

Je ne suis pas un héritier, cela non plus vous ne pouviez pas le savoir.

Ruiné quadragénaire, j'ai dû œuvrer pour remonter la pente et le peu que je possède provient de mon labeur (je privilégie le flux au stock et cela me sauva du gouffre).

"Advenir", c'est du dépit de ma part et la suite de la phrase soulève le voile de ma pensée, car je ne crois pas au réveil de mes concitoyens.

Je retourne à Jane Austen, que je n'avais encore pas lue.

Bonne soirée.

Denis

Avatar de François Vadrot

Vous êtes entre de bonnes mains avec Jane Austen ;-)